FROM BARFLEUR

Une semaine bientôt que je suis à Barfleur - au pied du phare de Gatteville - et Château Gonzo est hanté de silence. C'est ainsi, la terre me tait, la mer me mute. Je suis taciturne autour du soleil.
Pourtant, il s'en est passé des choses depuis la dernière fois. C'est fou d'ailleurs ce qu'il s'est passé comme chose. Je m'aperçois que ce blog qui pousse à triturer les résidus des dernières heures, comme on le fait d'un bâton dans les cendres qui à l'aube crient encore, révèle de façon burlesque la diversité des situations traversées dans nos vies. On y reviendra.
Au cours de ces derniers jours donc, j'ai vécu une sorte d'oscillation aléatoire, entre deux perspectives, aussi palpitante l'une que l'autre : la faillite proche et la veille d'une reconnaissance massive.
Entre les deux : des heures de studio, haletantes et heureuses ; des heures à agencer du temps, à jouer avec le son, à tenter de faire mieux que le silence. Des heures d'amour, de physique des liquides, de chavirements brusques et d'empoisonnement aux phéromones. Des heures à mélanger, à rouler, à fumer, à associer, à mélanger, à rouler, à fumer. Des heures troubles dans le frigo noir du matin, à attendre que le corps veuille bien suivre l'esprit. Des heures de transports dans Paris, de calculs d'itinéraire et de distances, d'analyse du flux et de prévoyance des chocs. Des heures de piétinement çà et là, à mordre ses dents. Des heures à attendre. Des heures d'affrontements, d'inimitié, d'injustice et de cruauté. Des heures de fuite, de clandestinité, de mobile éteint. Des cimes qui s'égouttent, soudain criblées de soleil. Des heures de rencontres, d'entente, de découverte, de révélation, d'élucidation. Des heures de petits plaisirs consentis: repas en famille, jeux, feux, cosmétiques, achats. Des heures de ballade en vélo au bord du littoral. Des heures immobiles à regarder un écran, à lire des pages, à en écrire, à projeter d'en écrire. Des heures de tendresse, de régression, d'attendrissement. Des heures de pédagogie, de manque de diplomatie, de brutalité. Des heures à compter les atouts et traquer des mots qui rapportent. Des mers d'huile, prises dans la gelée inflammable du couchant. Des heures d'immersion dans des séquences de film. Des heures à rire avec les miens, des heures à ressasser des bouts d'enfance. Des heures de mise en forme, d'ajustage, d'assemblage. Des heures à s'oublier, paupières fermées, des heures à défier demain.
Sur ma platine mentale "Good night Stan" de Bill Fay
Dans le lecteur, le LP de McCartney : quelle prodigieuse idée cette association avec Nigel Godrich ! Sur How kind of you, les vocalises auraient d'ailleurs pu être signées Tom Yorke...
En cours de lecture "Trois jours chez ma mère" de François Weyergans