14 octobre, 2005

HAWLEY À LA MAROQUINERIE



Demain, présentation des maquettes du nouvel album au label Tôt ou Tard. Ces rendez-vous réactivent pour quelques heures, l'espoir endormi, de gré ou de force, par les jours de silence. C'est un fait : l'industrie du disque ne court pas après Tanger. Remarquez, Tanger non plus ne court pas vraiment après l'industrie.
Depuis la rupture avec Universal, seulement quatre rendez-vous ont eu lieu dont un où je n'ai même pas voulu laisser les maquettes, tant j'ai eu l'impression de me retrouver dans les bureaux d'Universal : le même foutoir, le même discours, la même aisance à dire n'importe quoi...
C'est toujours un régal d'entendre le directeur artistique, d'un label indépendant de surcroît, s'aventurer dans la définition technique d'un single et décréter qu'il n'en voit pas dans ce qu'on lui propose, après s'être borné à écouter au maximum, la première minute des titres...
Quand les D.A. des labels indépendants se mettent à singer les vilaines manières des programmateurs des pires radios commerciales...

J'avoue que dans tout ce merdier, je ne sais pas quand Tanger retrouvera un contrat, ni même au fond si ce nouvel album sortira un jour. Cette industrie est dans un tel état de décomposition, qu'il est devenu rarissime d'y trouver les figures qui ont toujours fait son histoire. Où sont-ils les nouveaux frères Chess ? Y-a-t-il un nouvel Andrew Loog Oldham quelque part ? Où se cache le Tony Wilson de nos jours ?... Pourtant si les grandes figures de l'industrie ne sont pas renouvelés, les beaux projets ne manquent pas.

Mercredi soir dernier, Richard Hawley jouait à la Maroquinerie. Un peu de fatigue se lit sur les visages du groupe, (c'est la fin de la tournée, R.H. lâche très vite "We really miss home !"), cependant rapidement le son impressionne et fait du bien.
Ils sont six sur scène, deux guitares, contrebasse, batterie, claviers. La voix de R.H., que je découvre en live, est un régal. On pense à Morrissey bien sûr, mais c'est aux côtés des grandes voix mâles qu'il faut le situer : Johnny Cash, Scott Walker, Stuart Staple des Tindertsticks et même Elvis...
Vêtu d'un costume trois boutons gris clair, Hawley a l'élégance sympathique. Il dit peu de choses, se contentant d'introduire rapidement les chansons. On sent que le set est rôdé. L'affaire, pliée en une heure, atteint des hauteurs sur The ocean et Born under a bad sign. Au rappel, RH annonce une berceuse que son grand-père chantait à sa mère, que sa mère lui chantait et que ce soir, il chante pour nous : "I sleep alone", délicat. Pour finir, une cover de "That's all right mama" pas vraiment utile.

Hawley parvient à faire ce que Morrissey n'a jamais atteint en solo, lui qui s'obstine de manière incompréhensible avec sa quincaillerie rockab.

Discutant avec une responsable de la Fnac à l'issue du concert, j'apprends que les magasins d'Ile-de-France n'ont pas écoulé 1000 exemplaires de Coles Corner... C'est incompréhensible : l'album est excellent (idéal pour cet automne indien), la pochette est plutôt efficace, le groupe assure un live, les critiques dans la presse ont fait leur travail (Télérama a même mis 4 clés)... Seulement voilà, aucun titre ne passe en radio... Et si aucun titre ne passe en radio, aucune chance d'obtenir un passage télé, à moins que Durand ne laisse une place en début de nuit sur France 2...
Jusqu'où ira cette tyrannie du "passage radio" ? Le fossé entre artistes "réels" et industrie spectaculaire se creuse de façon exponentielle chaque jour. Combien de groupes talentueux, et médiatiquement sobres, vont rester sur le carreau à cause des diffuseurs qui finissent tous par oublier de proposer une alternative, préférant de plus en plus avoir, d'une façon ou d'une autre, la main sur la production des contenus qu'ils diffusent.
Au moins, et même quand ils sont en difficulté dans leur propre pays, les groupes anglo-saxons, parviennent-ils sans doute un peu mieux à s'en sortir : car même en écoulant seulement quelques petits milliers de copies par pays, ils parviennent sans doute assez vite à écouler 80 à 100 000 copies, ce qui leur assure une certaine viabilité économique. En revanche pour les artistes qui s'expriment en langue française, le terrain de jeux fond comme la banquise sous l'ozone mitée...

3 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

8:51 PM  
Blogger Jud said...

Ni Dieu ni D.A !

TANGER ROCKS !

10:58 PM  
Anonymous Eva said...

Cher fiancé inquiétant,
vers quoi ces yeux hagards le jour de votre photo ?

12:18 PM  

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